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Saraba Keita et Fatoumata Diaby : un couple revenu de «l’enfer» lybien

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A voir Fatoumata Diaby et Saraba Keita ensemble, rien d’extraordinaire ne saute aux yeux. Ils renvoient juste l’image banale d’un jeune couple, venu faire ses courses au marché hebdomadaire du village de Makka, situé à des dizaines de km de la commune de Tambacounda au Sud-Est du Sénégal.  

La région de Tambacounda à l’instar des régions du Sud connait beaucoup de départs de jeunes vers l’Europe. Cette situation est due au taux de chômage élevé très élevé dans ces régions, « malgré les efforts des autorités étatiques », nous précise-t-on.

Le couple aux allures placides a vécu bien des aventures qui auraient pu briser plus leur entente. Contrairement à beaucoup de leurs camarades qui n’ont pas eu cette chance, Fatoumata Diaby et son mari Saraba Keita, ont pu revenir sains et saufs au Sénégal et tentent de se construire une vie.  En effet, depuis 2014, l’Organisation internationale de la Migration (OIM) a enregistré les décès de 32 669 personnes, dont 1 709 en date du 22 août 2019.

Son mari Saraba Keita et elle, ont vécu ce que l’on peut appeler une variante de l’aventure à la « bonnie et Clyde » version sénégalaise à travers le Mali, le Burkina-Faso, le Niger et la Libye. Sauf que là, ils n’avaient pas de policiers à leurs trousses, mais c’est plutôt eux qui étaient allés à l’assaut de l’Europe beaucoup de rêves en tête.

Le désenchantement

Au début, il était prévu que seul Saraba Keita partirait : « j’avais demandé à Fatoumata (sa femme) de m’attendre » commence par raconter l’ancien migrant. En effet, quelques jours après leur mariage, il dit au-revoir à sa femme dans son village de Makka, pour rejoindre la commune de Tambacounda et prendre les bus en partance pour le Mali.

A peine arrivé à la gare routière de Tambacounda, que sa femme l’appelle pour l’informer qu’elle était en route pour le rejoindre. « Je ne voulais pas rester seule, car je ne savais pas quand est ce qu’il allait revenir », justifie-t-elle. Et encore, la jeune femme alors âgée de 15 ans, pensait naïvement que rejoindre l’Europe via la route, était des plus facile. « Je pensais que cela allait nous prendre que quelques jours avant d’entrer en Europe », dit-elle. Mais sa naïveté a tôt fait de s’envoler.

Les problèmes débutent au Mali, selon Saraba Keïta. Le couple n’avait plus un sous en poche. Pendant des jours, « nous étions obligés de passer la nuit dans un marché » raconte-t-il. Pour compléter l’argent du voyage et avoir de quoi manger, Saraba faisait de petits boulots çà et là. Et malgré cette vie précaire, jamais, il ne leur est venu à l’idée de rebrousser chemin. Non. Ils y croyaient toujours « je me disais que ce n’était que passager », raconte la femme.

Pour eux, les résultats qu’ils escomptent au bout de ce voyage valaient tous les sacrifices du monde.

Le bourbier libyen  

Mais au lieu de s’estomper, les problèmes ne faisaient qu’augmenter au fil des voyages. Ils vivaient au jour le jour restant des moments sans rien manger. Et malgré tout cela, ils ne songeaient pas à rebrousser chemin. Non. « En ce moment-là, je ne pensais pas revenir, parce que pour moi, c’est un échec, après tout ce que j’avais vécu avec ma femme. Il fallait continuer », explique le jeune homme. Une fois en Libye, Saraba Keita fut emprisonné deux fois alors qu’il tentait avec sa femme de rejoindre les côtes espagnoles au bord d’embarcations de fortune.

En prison, il raconte avoir vécu la pire des souffrances : « nous n’étions pas considérés comme des humains, on ne mangeait qu’un repas par jour et nous n’étions pas protégés des piqures d’insectes. Un moment j’ai cru que j’allai mourir tellement que c’était insoutenable », raconte-t-il.

Si Saraba a vécu le pire dans les prisons en Libye, il a au moins eu la chance de ne pas être vendu comme esclave. Le scandale avait été révélé en 2016 par des médias nationaux avant que la BBC n’en fait une enquête poussée et alerte l’opinion international sur le sujet en 2017. Si aujourd’hui, elle a eu la chance de raconter son histoire, c’est qu’une fois en Libye, le couple a eu la chance d’être embauché dans une maison par un homme.

C’est d’ailleurs ce dernier qui va faire libérer sa femme alors qu’ils étaient emprisonnés après leur deuxième tentative de traverser.

Pour l’amour de Rania

Ce ne sont pas les deux échecs successifs qui ont ramené le couple à la raison, mais plutôt le fait que Fatoumata tombe enceinte et donne naissance à une petite fille. Pour remercier leur employeur qui a su les protéger, ils donnent le nom de leur fille à la femme de ce dernier. « Lorsque ma fille est venue au monde, j’ai reconsidéré la situation, et c’est à ce moment qu’on s’est dit que le mieux c’est de rentrer et de lui donner la chance de grandir dans un environnement sain ».

Prendre la décision est la chose la plus simple à faire. Le chemin du retour est autant plus difficile. Toutefois, avec l’aide des organisations comme l’Oim, Saraba et son épouse ont pu non sans mal revenir au Sénégal.

« Nous avons presque fait le même parcours difficile de la Libye au Niger, avec cette fois-ci un petit bébé qui risque de mourir », se souvient-il. Toutefois une fois au Niger, le couple entre en contact avec l’Oim et reste presque quatre jours dans un de leurs camps avant d’être transporté par avion jusqu’au Sénégal.

Saraba et sa femme font partie des 85% des migrants irréguliers qui ont échoué dans leur tentative de rejoindre l’Europe. Ces chiffres fournis par Oim dans une étude sur les nouvelles tendances migratoires au Sénégal, ont permis de constater que durant la période de janvier à juillet 2018, plusieurs tentatives de départ ont été signalées et plusieurs personnes ont été interpellées dans les régions côtières du pays, notamment Saint-Louis, Thiès, Ziguinchor et Fatick. Ces localités situées dans le littoral ont d’ailleurs été identifiées comme zones de fortes affluences pour les départs, renseigne l’enquête.

DD