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Sénégal : Pouvons-nous nous lancer à la recherche expérimentale de l’anti-covid ?

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Si nous étions en 1600, devant des millions de morts en masse par le covid, les populations essaieraient leurs propres formules. Ils essayeraient des mélanges de toutes sortes, capables de tuer le virus du covid. Herbes, poudres, onctions, parfums, préparations cuisinées ou non, tout y passerait pour trouver la formule qui tue le virus. La difficulté qu’ils auraient eue serait comment faire le test de leurs mélanges sur le virus sans causer de dommages à la personne qui l’ingurgiterait pour l’essayer. De 1600, il faudrait voyager vers le futur en 2020. Nous disposons aujourd’hui de cette possibilité. Nous pouvons détecter le virus, l’observer, le prélever, le préserver, le cultiver et faire les tests pour voir quel est l’effet d’une formule sur le virus en laboratoire.

Alors pourquoi ne pas essayer aussi de telles approches avec nos chercheurs traditionnels, des universitaires et toute personne disposant de savoirs pour proposer une formule susceptible d’agir de manière décisive, préventive et thérapeutique sur le virus.
C’est vrai, il faut être bien dépourvu ou désespéré pour recourir à une telle série d’expériences. Nous le sommes. Ou alors être assez opportuniste pour réaliser que la lutte contre le covid, dans le pays des soigneurs traditionnels que constitue le Sénégal n’a pas encore reçu l’attention de ces derniers malgré leur expérience reconnue. Ils ont été plaqués, sommés de rester au silence du fait de leur réputation de charlatans.

Nous pouvons nous lancer à la recherche expérimentale de l’anti-covid, ici au Sénégal même. Une collaboration peut être organisée entre des experts de la pharmacologie moderne, les laboratoires d’analyse et les chercheurs traditionnels ou modernes qui acceptent le challenge. Il s’agira de proposer des formules qui seront testées de manière scientifique sur le virus covid.

Nos médecins et pharmaciens modernes, malgré leur formation évoluée dans nos universités et à l’étranger, ne sont pas, pour la plupart, des experts ayant eu faire des tests de formules. Leur spécialisation les a réduits à se comporter comme des prescripteurs de médicaments qu’ils n’ont ni fabriqué ni essayé de fabriquer une seule fois. C’est la nature de la spécialisation.

Mais, les temps exceptionnels avec le covid exigent plus d’esprit de créativité pour y faire face. Nous disposons de spécialistes en matière d’analyses pharmacologiques et de tests virologiques. Ils pourraient avoir besoin éventuellement de plus d’équipements et de moyens. Mais, avec un peu plus d’organisation et de volonté, ils devraient pouvoir organiser cette expérience assez rapidement afin de mettre à contribution les savoirs disponibles au Sénégal.

L’industrialisation a eu comme conséquence de nous avoir enlevé toute capacité créative en faisant de la plupart d’entre nous des consommateurs passifs qui nous contentons de recevoir. Nous ne fabriquons plus de vinaigre ou de savon parce que ces produits sont disponibles au comptoir. Idem pour les médicaments modernes qui sont considérés comme des produits hi tech parce qu’ils sortent de processus industriels de fabrication hi tech.

Mais dans les faits, ce sont des substances végétales, animales et compositions d’origine naturelle tout simplement pour la plupart, soumis à des traitements spécifiques certes évolués mais qui ne changent pas leurs principes actifs. Leurs propriétés fondamentales restent celles de la nature qui sont appliquées pour prévenir ou guérir nos maladies.

Qu’avons-nous à perdre dans de telles expériences, sinon que gagner plus de savoirs encore? Nous ne devons pas utiliser note indigence économique comme une raison de ne pas entreprendre. Nous ne devons pas faire des moyens colossaux des pays développés une raison de découragement, en supposant que ces moyens leur donnent la possibilité de tout découvrir et que s’ils ne le font pas, nous ne pouvons pas le faire. Ce serait ne pas croire en Dieu.

Comme aurait dit l’ange à celui qui priait pour gagner au loto : il faut acheter un billet et jouer avant de gagner.

Cuba, ayant subi l’embargo des USA pendant des années, exporterait 6 milliards US en services médicaux et médicaments. Lorsqu’ils ont été contraints de de moins dépendre des autres, ils ont pris leurs responsabilités.

Peu importe le temps que cela leur a pris, ils ont fait la fierté en débarquant comme des secoureurs aux italiens lors de leur crise sévère du covid. Ils en sont à préparer un vaccin anti covid.

Rien ne nous empêche de faire du covid le point de départ d’une nouvelle pratique d’expériences de nos plantes, potions et formules détenues par des soigneurs modernes et traditionnels du pays. Il suffit de le vouloir. Mais aujourd’hui, nous y sommes contraints aussi.

Que gagnerait le Sénégal dans la découverte d’une formule qui peut tuer le virus du covid ? Une gratitude infinie, des centaines de milliards de FCFA et une renommée mondiale unique.
Ce qui est possible n’est jamais une illusion.

Mieux, sur la covid, nous avons aujourd’hui besoin de mathématiciens capables de nous mettre en équation les faits liés au covid et que nous observons au Sénégal. Appelons les les faits covidiens. Nous avons besoin d’informaticiens qui nous mettent ces équations en format informatique pour les traduire en modèles pouvant être visualisés sur le plan spatio-temporel. Nous avons besoin de pouvoir découvrir leurs patterns, règles, faits tendanciels et relations. Nous avons ensuite besoin de scientifiques pour simuler et interpréter leurs comportements.

Ces expertises sont disponibles au Sénégal et ce travail est aujourd’hui plus que nécessaire. Il exige tout simplement une capacité de calcul et d’échanges ainsi qu’une méthodologie de travail et des collecteurs de données sur l’ensemble des domaines jugés pertinents. Sur le domaine sanitaire, économique, les transports, l’école, les marchés, les entreprises et les ménages. Rien ne nous empêche de mettre en branle toutes ces capacités au niveau universitaire, en collaboration avec l’ANSD, des sociétés spécialisées, des experts volontaires nationaux et des sénégalais de la diaspora. Cette capacité est aujourd’hui passive, non mobilisée.

Du reste, tout cela ne va pas à l’encontre des efforts basés sur les stratégies actuelles, ni contre Big Pharma, ni Big Brother. Au contraire, lorsqu’une capacité nationale endogène se construira, ce deux seront les premiers à en profiter sur le plan technique et international.

Ce n’est pas le chemin qui est long, c’est commencer qui est quelques fois difficile. Et pourtant, il suffit de peu pour changer la donne. Commençons à la mesure de nos moyens, mais allons-y maintenant et sûrement.

Amadou Gueye, Nouvelle République