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Sénégal : Qui est qui ? (Par Ùmàr Sàl)

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L’un des mérites de tous les candidats à la Présidentielle, du dépôt des parrainages à l’élection finale, est, très certainement, leur courage. Parce qu’il n’y a que les courageux qui vont au front ; prêts à assumer l’amertume de la défaite. 

Ces hommes et femmes, à des degrés divers, sont des leaders par leur assurance, même parfois hésitante, et leur prétention légitime de nous demander nos voix.
Les derniers candidats en lice et leurs soutiens endossent, pour toutes ces voix électorales que nous leur avons témoignées, la grande responsabilité d’entretenir cet espoir et cet estime, souvent très affectif, qui leur a été témoigné.

Nous autres devons nous éduquer à éviter les jugements hâtifs et émotifs, adossés sur des « on dit » que nous sommes les premiers, souvent, à condamner.
Non, « tous les politiciens ne sont pas des voleurs ». Non, « tous les politiciens ne sont pas pareils ». Entretenir cette assertion facile pour ensuite nous mobiliser, foule de 6 millions d’adultes, pour aller répondre à leur appel, a quelque chose de totalement immature.
« Politisez-vous » disaient, à raison, les autres. Oui. Sauf que cela ne se décrète pas.

Quelle gloire tire-t-on d’ailleurs à briguer des suffrages dans un pays pauvre comme le nôtre ? Un pays où les urgences sont multiples et simultanées !? Là où les ressources ne suivent jamais !
Les promesses des uns et des autres sur la création d’emplois et de richesse sont certes honnêtes. Mais elle a besoin d’être adossée à des réalités du monde pour lesquelles nous ne sommes pas, en tant que pays, encore préparés.

Une gouvernance par l’interpellation

Notre faiblesse collective, c’est notre incapacité à nous interpeller humainement. La violence virtuelle a été inouïe !
Comment se prémunir de cette violence inutile ?
D’abord, chaque citoyen doit « être ».  Le Pël dit « neddo » ; littéralement « celui ou celle qui est actif, qui est présent ».
L’expression walaf « ba là nga ni naam, ne fa » traduit bien cette lexicologie de l’être par sa présence active dans le lieu. On est d’abord citoyen par l’activité.

Ensuite, l’être ensemble se construit par la nature de l’interpellation entre les sujets :

– L’interpellation des inconnu(e)s :
le Pël dit : « kaari » (toi qui vient d’arriver) ou « diw » en walaf (qui serait surement un glissement du «diwngal » (la charge) en Pël ; pour dire «  celui qui doit momentanément être pris en charge »

– L’interpellation citoyenne :
Chez les Pël, on utilise « dendi » (pareil que le mot walaf « dind » : être à côté).
« dendi » pour dire «voisin» mais aussi « cousin » ; ceci afin d’absorber tout ce qui peut obstruer la relation directe.
Chez les walaf, on utilise, entre autres expression « mbokk » (ki nga yéené bokkal li nga yor)

Vivre ensemble, on le voit, a toujours été, d’abord, une grande marque de générosité. Générosité dans ce qu’on a, mais surtout générosité dans sa relation à l’autre. Le fameux « yééne » walaf ou « yeela » en Pël.

Des maximes célèbres de cette époque nous sont parvenues « yéene néeg la, borom ma ciy fanaan ».
Le « néeg » (chambre) comme intérieur, mais aussi le «néeg» comme pays.
Ce « néeg » où nous dormons avec nous-même, avec ce que nous sommes, avec nos intentions, avec nos fragilités. Ce néeg comme pays où nous nous mouvons et partageons, parés de ce qui honore l’humain en nous, ce néeg, a une exigence : être propre et beau de valeurs. Set ci biir, set ci bitti.
Si notre « néeg » est beau, nous serons heureux dans notre «chez moi». Si notre pays est gouverné en beauté et en solidarité, nos « entres » seront généreux d’échanges.

Le ton et le temps de la parole

Si #Madické a pleuré devant le Khalif, c’est surtout pour le ton. Il y’a de l’admiration utile face à un interlocuteur. Une inversion généreuse des postures qui rassure et encre l’interlocuteur dans une confiance au compagnonnage.

#Macky et son staff s’élèveront-ils à ce tableau ?
Dira-t-il «du ma seen moroom » pour semer des rancœurs ?
Ou le PR minimisera-t-il sa « victoire » avec un «J’ai entendu la parole de ceux et celles qui n’ont pas voté pour moi ».
Durant les 5 années à venir, son audience est plus en direction de ces 42 % qui n’adhèrent pas à l’émergence qu’il propose.
Le triomphe modeste élève les perdants et magnifie le respect.

Ùmàr Sàl