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‘‘Sénégalomançais’’ ou la consécration caricaturale de l’identité casamançaise

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Une caricature, quelle qu’elle soit, est une création. D’aucuns y verraient plutôt une œuvre d’art. Et l’expression ‘‘Sénégalomançais’’ en est assurément une. De sorte que s’en offusquer un tant soit peu, serait, au mieux, une piteuse caricature ou, au pire, une bêtise.

Il convient donc de l’appréhender pour ce qu’elle est. C’est-à-dire une caricature. Et peu importe le contexte dans lequel son auteur l’a conçue, avant de la produire, pour ensuite la distribuer avec quelque soupçon de générosité à l’échelle nationale, et même au-delà. Simplement, une certaine culture, ou une culture certaine, apparaît ici comme nécessaire pour l’apprécier en tant que telle, soit comme le révélateur d’une réalité socio-culturelle, celle de la Casamance. En fait, l’identité casamançaise, bien distincte des autres identités sénégalaises.

Restons dans la caricature, du moins dans ce qu’elle a de caustique, sinon de sarcastique, et convoquons à cet effet l’Abbé Diamacoune. Il nous apprendra ou nous rappellera, alors, certainement, qu’en Casamance, il y a les Casamançais de la Casamance, les Casamançais du Sénégal, qui avaient la particularité à ses yeux d’être des ‘‘Casamanqués’’ (d’autres les nommeraient plutôt des ‘‘Sénégalomançais’’), et les Casamançais de la Diaspora.

Tous sont ainsi, avant tout, ou après tout, des Casamançais. Or, qu’est-ce que c’est que d’être Casamançais ?

Souffrons, disais-je*, nous autres Casamançais, que cette question nous soit posée. Mais, renchérissais-je*, estimons-nous heureux si nous ne parvenons pas à y répondre. Sinon, disons-nous bien qu’être Casamançais, c’est rien. Ou, si nous préférons, c’est comme être Sénégalais ou Gambien ou Bissau-Guinéen…Etre Casamançais, c’est comme être Aborigène ou Papou ou Pygmée d’Afrique Equatoriale. C’est-à-dire, en définitive, rien

Mais un rien (re)chargeable à loisir. Selon donc les humeurs, ou les rumeurs.

Jadis, au Sénégal, il était de bon ton de traiter les Casamançais de Niaks. Autrement dit, des Sauvages habitant au Sénégal parmi les Sénégalais.

Puis survint, tout à coup, en 1982, la Rébellion casamançaise avec les Rebelles casamançais. Et par un tour de passe-passe bien sénégalais, les Casamançais devinrent Rebelles casamançais. C’est-à-dire, toutes choses égales par ailleurs, comme les Peulhs de Guinée devinrent jadis, pour leur grand malheur, ce que le dictateur Sékou Touré eut bien voulu qu’ils fussent.

Traiter un « Sénégalomançais » de « Rebelle casamançais », n’est pas seulement une insulte à l’intelligence et à l’éthique ou à la morale. Elle est aussi et surtout une insulte à la Rébellion casamançaise et, éventuellement, et seulement éventuellement, audit Sénégalomançais.

Dans son acception politique, voire juridique, est Rebelle celui (un homme ou un peuple) qui ne veut se soumettre (à) et par conséquent se révolte contre une autorité, fût-elle légale.

Qui plus est, est Rebelle casamançais tout Casamançais qui revendique et se bat pour la substitution de l’autorité de l’Etat ultra-centralisé et ultra-centralisateur du Sénégal en Casamance, par une autre autorité, bien casamançaise celle-là. Et ce même, au prix fort : au prix du sang. C’est tout le sens, et toute la portée, à la fois, de la révolte incarnée par le Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC).

Comment peut-on dès lors, sauf à marcher sur la tête, qualifier un Pierre Goudiaby Atepa ou un Ousmane Sonko, tous deux candidats malheureux à la dernière Présidentielle sénégalaise, de Rebelles casamançais ?

M’adressant tout particulièrement à Ahmet Khalifa Niasse, marabout à ses heures et heureux auteur de la caricature objet de la présente contribution, je voudrais lui dire, sinon lui rappeler :

(i) Que la métaphysique de l’art (du « beau » ou de l’« esthétique »), en tant que complément ou achèvement opportuns (quant à sa finalité ultime) de la métaphysique de la nature ou du cosmos et de la métaphysique de la morale, n’est rien de moins que la volonté bien pesée de l’homme de soumettre la Création (lui-même y compris) de Dieu à sa propre idée du « beau », de l’« esthétique » ;

(ii) Que cette métaphysique de l’art participe ainsi de la 7ème étape, que dis-je, du 7ème jour biblique, que Dieu eut bien voulu impartir à l’‘‘humain’’ (par contraste d’avec le ‘‘minéral’’, le ‘‘végétal’’ et l’‘‘animal’’) ;

(iii) Que, depuis, l’homme s’use ou est censé à tout le moins s’user quotidiennement à mettre du « beau » ou de l’« esthétique » dans l’Œuvre de Dieu, même s’il n’y parvient que très rarement, et très peu en qualité comme en volume ;

(iv) Que ça n’est possible que parce que l’homme dispose et de l’espace (La Casamance bien comprise) et du temps créés par Dieu ;

(v) Et que, en fin de compte, la vie humaine n’est jamais que l’homme en quête du « beau » ou de l’« esthétique » à mettre dans la Création de Dieu.

Dakar, le 3 septembre 2019.

 

Jean-Marie François BIAGUI

Président du Parti Social-Fédéraliste (PSF)

Ex-Secrétaire Général du MFDC

(*) JMF Biagui, Avis de décès : le mensonge est mort en Casamance, éd. : diasporas-noires.com, 2016, p.165-166.