Home»A la une»Sur le CFA: Quand Sonko confond Cedeao et Uemoa (Par PMN)

Sur le CFA: Quand Sonko confond Cedeao et Uemoa (Par PMN)

0
Shares
Pinterest Google+

Certains pourraient penser que nous faisons de l’acharnement sur Sonko. Loin de là, ce n’est pas de l’acharnement, quand on parle de l’avenir de notre pays c’est plus sérieux que ça.

Comme nous disons à chaque fois que nous rencontrons un membre de Pastef dans des débats, nous saluons l’apport et la nouveauté que constituent ce parti dans le discours politique. À cet effet, il est de notre devoir de leur répondre à chaque fois que c’est nécessaire pour éviter que leur discours populiste, voire démagogique, n’embrouille les citoyens. Par dessus tout,  c’est eux même qui nous invitent dans le débat sérieux et progressiste et notre obligation d’y répondre est évidente. Puisque c’est le peuple qui réclame que le débat politique soit relevé, nous essayons juste d’apporter notre contribution à la promotion d’un débat soutenu et assez crédible afin de permettre à nos concitoyens d’être plus édifié sur les opinions qu’on leur propose.

Ainsi à écouter Sonko dans une de ses dernières déclarations partagées sur les sites d’informations, on entend le leader de Pastef dire  » Le Franc CFA, nous le rapellons est différent de l’Uemoa. A chaque fois qu’on parle de sortir du F CFA les gens pensent que nous sortirons aussi de l’Uemoa. Bref, il est possible de ne pas adopter le CFA et rester membre de l’Uemoa puisque les chartes qui régissent notre relation avec la France sur le CFA sont differentes aux traités qui lient les 8 pays de l’Uemoa. Vous pouvez voir l’exemple de la Gambie, de la Mauritanie et de la siera-leone, ces pays n’ont pas le CFA et sont membres de la Cedeao. Autrement dit il n’y a aucun lien entre la monnaie et le fait d’appartenir à une organisation sous régionale ». J’affirme ici qu’Ousmane Sonko a eu tord, encore une fois, de mélanger les pinceaux. Il a eu tord de confondre les règles de la Cedeao avec celles de l’Uemoa. En vérité, s’il est admis, dans le cadre de la Cedeao, de ne pas tenir compte de l’élement monetaire dans la procédure d’admission d’un pays en qualité de membre, c’est loin d’être le cas pour l’Uemoa. En vérité, la différence entre Cedeao et Uemoa saute à l’oeil ; c’est le M qui renvoie à la monnaie, que vous pouvez voir dans le sigle Uemoa et pas dans celui de la Cedeao. Bref, je suis particulièrement déçu de voir que notre ami, qui prétend avoir les aptitudes pour gouverner notre pays, se verse dans une communication hasardeuse sur le CFA sans même pour autant prendre le soin de lire les traités de l’Umoa (Union monétaire ouest africaine) et de l’Uemoa. De mon point de vue, la direction de l’école du parti de pastef devrait enseigner à Sonko et à  ses cadres, les différents contours des traités de l’Uemoa, celà epargnerait à leur leader de se verser dans des affirmations farfelues et fallacieuses mais aussi aux « cadres de pastef » la difficulté de chercher des arguments pour faire face à la contradiction. Conscient de cette difficulté, ils versent d’ailleurs très  souvent et systématiquement dans l’insulte et dans du « verbalement enturbanné » pour combler le déficit d’argument. Qu’il sache que nous ferons face au terrorisme verbal. En espérant que cette contribution les libérera définitivement des jougs et des effets néfastes de la pensée unique,  je me plairai de leur rappeler quelques éléments d’éclairage sur le non-fondé des propos de Ousmane Sonko sur la question du lien entre sortir du CFA et appartennir à l’Uemoa. L’article 113 du traité de l’UEMOA (l’institution à laquelle Ousmane Sonko fait allusion lorsqu’il affirme qu’il soit possible de quitter le CFA tout en y restant membre) dispose que:   » L’Union Économique Monétaire Ouest Africaine constituée entre les Etats signataires du présent Traité se caractérise par la reconnaissance d’une même unité monétaire dont l’émission est confiée à un institut d’émission commun« .  À cet effet,  il me plairait dejà de demander aux défenseurs de pastef de nous faire part de leur compréhension des termes « même unité monétaire » et « institut d’émission commun » dont la reconnaissance par les Etats est l’une des conditions nécessaires pour appartenir à l’Uemoa. En vérité ces deux termes ne signifient rien d’autre que le F CFA qui est la monnaie unique au niveau de l’Union et la BCEAO qui est responsable de la politique monétaire.  Autrement dit la monnaie « Pastef » et la « Banque centrale des aventuriers » n’auront jamais leur place dans une Union économique et monétaire comme l’Uemoa. Cela est d’autant plus vrai que c’est le même traité qui renseigne  que “Les Etats signataires s’engagent, sous peine d’exclusion automatique de l’Union, à respecter les dispositions du présent Traité et des textes pris pour son application,notamment en ce qui concerne : 1- les règles génératrices de l’émission et 2 – la centralisation des réserves monétaires ». Fort de ce postulat, notre question serait alors de se demander comment peut on créer une autre monnaie et gérer de manière autonome nos devises (l’une des conséquences de la sortie du FCFA) et être en conformité avec la nécessité, sous peine d’exclusion, d’accepter la centralisation des réserves monétaires et les règles génératrices de l’émission? La réponse est claire, ce n’est pas possible et l’histoire récente le prouve avec l’entrée en 1997 de la Guinée Bissau dans la communauté monétaire entrainant de facto son entrée dans la commission de l’Uemoa. Celà est d’autant plus vrai qu’il serait particulièrement intéressant de se poser la question de savoir ce qui bloque alors l’entrée au sein de l’Uemoa des pays comme la Guinée Conakry et la Mauritanie, deux pays qui ont quitté la communauté financière depuis plusieurs années  et qui ne sont depuis lors jamais admis dans l’Uemoa.

Dès lors qu’il est maintenant clair que la sortie du FCFA entraîne systématiquement notre exclusion de l’Uemoa, se prolonge alors le débat sur les implications de la sortie du F. CFA en matière de solidité de notre position en perspective d’une monnaie unique CEDEAO mais aussi et surtout en matière  d’avantage que nous tirons de notre appartenance à l’Uemoa en terme de gestion économique,  fiscale,  budgétaire, financière et comptable gage d’une certaine notoriété de notre État. En vérité, au delà de partager une monnaie unique avec sept autre pays de la sous-region, notre appartenance à l’Uemoa nous garantie une certaine « solidité positionnelle » dans le cadre des discussions  pour la mise en place d’une monnaie unique dans la CEDEAO, quitter le FCFA dans ce contexte fragilisera sans doute notre position face aux géants nigérian, Ghanéen et du regroupement des pays membres de l’Uemoa. Je terminerai par dire que je ne suis pas tout a fait d’accord avec le CFA qui de mon point de vue doit être réformer.

Papa Malick Ndour

Economiste

Président du Conseil départemental de Guinguineo