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Un peu de scrupule, mon cher Président. (Par Aliou Faye)

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C’était visible depuis le début. Cette procédure judiciaire initiée contre Khalifa Sall est un acharnement de la part du pouvoir du Président Macky Sall. Lui qui était à l’ombre depuis le début de cette affaire sort enfin da sa cage pour révoquer sans scrupule le maire de Dakar de ses fonctions. Alors que les possibilités de recours de la décision condamnant Khalifa Sall ne sont pas encore épuisées.

En se fondant sur les dispositions de l’article 140 du Code général des collectivités locales, le président de la République n’est pas obligé de révoquer le maire de Dakar. Alors pourquoi l’a-t-il fait alors que le maire de Dakar dispose toujours d’un droit de recours. La réponse est plus qu’évidente. Le Pdt Macky Sall qui est désormais bousculé par le temps, avec l’imminence des élections présidentielles, achève son entreprise de liquidation  d’un adversaire politique.

En effet, l’article 140 du Code général des collectivités locales ouvre juste la possibilité au Chef de l’Etat de recourir à l’application de l’article 135 lorsque qu’un maire commet une des fautes énumérées. En droit, un maire sera reconnu effectivement coupable d’une des fautes énumérées lorsque la décision le condamnant revêt l’autorité de la chose jugée. C’est-à-dire, n’est plus susceptible de recours. Car le recours aurait un effet suspensif et empêchera l’exécution de celle-ci jusqu’à la nouvelle décision.

En l’espèce, Khalifa Sall a le droit de faire un pourvoi en cassation devant la Cour Suprême. Lui et ses avocats ont même décidé de saisir la Cour Suprême. Alors pourquoi le Président Macky Sall s’empresse de le révoquer de son poste de maire ? Si la Cour Suprême, saisie par recours, cassait la décision et que finalement la cour d’Appel autrement composée décidait du relaxe de Khalifa SAll, qu’adviendrait-il de cette révocation ? Autant d’hypothèses qui viennent à notre esprit, surtout qu’il n’y a aucune urgence légitime qui pousse le Président de la République à prendre une telle décision. En aucun moment une information sur des dysfonctionnements de la mairie de Dakar a été relevée pour nécessiter l’amélioration du fonctionnement de l’établissement. Alors, pourquoi ouvrir la voix à une délégation spéciale.

L’autre aspect fondamental de cette décision, c’est qu’il apparaît clairement que le Pdt Macky Sall ne respecte pas l’Etat de droit. Car, dans ce système institutionnel, la puissance publique est soumise au droit ; mais visiblement au Sénégal, c’est le droit qui se sommet à la volonté du tout puissant Macky Sall. Sinon, il allait réfléchir par deux fois avant de prendre certaines mesures.

Mais qu’il sache que, comme le disait Idrissa Seck, la puissance ne réside qu’en Allah, nul par ailleurs. Et qu’un jour, il se rappellera juste qu’il était président de la République. Ce jour, il regrettera sans doute beaucoup de ses actes dictés par son avidité du pouvoir.

Aliou Faye

Délégué à la Régulation des institutions

Et aux libertés publiques de la CECAR