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UNANIMISME OU DÉMOCRATIE ? (Par Khadim Ndiaye)

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Souvent quand on me demande si c’est la démocratie qui est pratiquée au Sénégal, je réponds NON. Dans ce pays règne un UNANIMISME politique imposé. Il faut être avec UNE personne. Toute contradiction et toute opposition sont combattues parce que mal perçues.

L’histoire de ce pays est marquée par la répression féroce et l’arrestation d’opposants gênants. Il y eut même mort d’hommes.

Cheikh Anta Diop a passé un mois en prison. Ce fut la croix et la bannière pour le RND, son parti, pour obtenir un simple récépissé de reconnaissance. Le président Senghor refusa au motif que le RND était un parti à idéologies multiples qui ne s’identifiait pas à l’un des courants idéologiques acceptés par l’État (ici Senghor).

C’est dans ce pays, le Sénégal, qu’un président de la République – Macky Sall -, peut se lever un jour et déclarer « nous allons réduire l’opposition à sa plus simple expression » sans que cela ne soit perçu comme une anomalie démocratique.

Bombant le torse et sans être choqué par ses propres propos, ce même président (Macky Sall) affirme qu’il gagnerait Matam et Fatick respectivement à 100 % et à 90 %. Il ajoute même, d’un ton menaçant, que ses « adversaires », les opposants, ne savent pas à qui ils ont affaire.

Dans un discours de décembre 1977, le président Senghor, par qui tout commença, avait, lui aussi, déclaré que » toute l’opposition réunie doit avoir entre dix et vingt pour cent des voix ».

Le pouvoir présidentiel ne devait aucunement être limité par les voix de l’opposition. Pour Senghor, une assemblée forte qui donnerait plus de poids aux opposants, n’est pas taillée pour les « peuples fluctuants » que nous sommes, qui ont besoin plutôt d’un président avec un pouvoir que rien ne limite.

Nous vivons encore les conséquences de la folie pouvoiriste de 1962 qui a consisté en une concentration excessive de pouvoirs entre les mains d’un seul homme.

Tout fonctionne comme si on ne voulait CÉDER qu’une portion congrue de voix aux opposants pour sauvegarder la façade démocratique que donne à voir le jeu électoral. Des élections encore gérées par le parti au pouvoir à travers le ministère de l’intérieur. Autre manifestation de l’unanimisme.

On semble oublier, avec de telles déclarations, que l’opposition est gage d’une bonne respiration démocratique; que son rôle est important parce que prémunissant de l’arbitraire.

En démocratie, la VRAIE, l’unanimité est suspecte. Au Sénégal, l’unanimité est cultivée.

Derrière l’unanimisme et ses instruments (le « parrainage » en est un ) se cache en réalité la volonté du président de la République de choisir les partis politiques autorisés à affronter le sien.

L’unanimisme politique met à son service, presse, religieux, hommes d’affaires, chefs de villages, etc.

On en arrive même à concevoir que le « génie politique » c’est le président qui arrive à annihiler toute opposition et toute contestation. Le « génie » ici, c’est le fait d’user des moyens de l’État pour « acheter » ou détourner des consciences.

Non seulement on emprisonne les opposants, mais on les diabolise de multiples façons. Toute personne qui « fusille » un opposant est encouragée, voire promue.

Dans un pays « normal », un Ahmed Khalifa Niasse, avec ses propos outranciers de ces derniers jours, serait entendu par un procureur. Il ne sera pas inquiété, car son discours participe de l’unanimisme. Ses propos font l’affaire du camp présidentiel.

Au fond, l’unanimisme n’est que la continuation de la PACIFICATION (un euphémisme) de Faidherbe. Il fallait réduire en miettes les opposants à la politique coloniale jugés comme des rebelles, par l’emploi de forces disproportionnées. L’unanimisme politique est la continuation du « commandement » colonial dont parle Achille Mbembe dans son ouvrage, De la postcolonie.

La pacification était une opération de massacres, d’enfumages de villages, de décapitation de rebelles; l’unanimisme est une opération de réduction à quia d’opposants.

PS : Je n’ai pas parlé de Diouf et de Wade mais les mêmes méthodes ont été constatées. Une étude plus exhaustive aurait facilement fait ressortir des éléments pour chaque président.