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Une lecture séquentielle d’une pandémie mondiale : Le Sénégal en face d’un défi majeur du coronavirus

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Le Sénégal continue de lutter contre la propagation du Covid 19. Le gouvernement cherche à cerner les multiples dimensions de cette crise afin d’apporter des solutions efficaces.

Ce n’est pas toujours facile, dans un pays où tout le monde est expert. Quoi qu’il en soit, Il est important de savoir qu’on est dans un pays pauvre avec des limites structurelles et que nous ne sommes pas à l’abri des soubresauts liés à ce virus très capricieux. Les grandes puissances peinent à sortir de l’auberge, elles continuent de vivre leur cauchemar, face à cet événement fulgurant, rapide et dévastateur.  Il nous faut être donc exigeants, d’abord vis-à-vis de nous-mêmes et ensuite jeter un regard critique dans nos idées et actions pour éviter toute forme d’auto glorification.

L ’Amérique, la première puissance mondiale s’est illustrée, aujourd’hui, à son corps défendant, complètement dépassée par les événements. Ses populations descendent dans les rues parce que secouées par le confinement, la perte d’emplois et les conséquences du Covid 19. Pour dire donc que nul n’est épargné, les choses ne sont pas simples. Aucun système de santé au monde n’a pu contenir la rapidité et la contagiosité de ce virus.  L’Europe, dans sa globalité s’est mise à genou et le coronavirus y a laissé des stigmates qui font penser à une crise sans précédent. Au cœur de ses nombreux morts, l’Italie a eu le secours filmé et télévisé des médecins cubains, venus en sauvetage du peuple italien à la place des autres voisins européens.   Peu de solidarités ont été enregistrées entre pays. De là, on peut bien penser à une redistribution des cartes dans le jeu des relations internationales tant la solidarité humaine est mise à rudes épreuves, l’économie mondiale asphyxiée.

Au Sénégal : Les défis, les enjeux et les stratégies

Dans une crise, on peut toujours procéder à des évaluations d’étapes pour opérer des ajustements. La situation est grave pour tout le monde. Cette génération n’a jamais connu une crise de cette envergure. Force est de reconnaître aujourd’hui, pour ce qui concerne notre pays, qu’une évaluation de l’Etat d’urgence doit se faire sur la base du rythme de propagation du virus. Sous ce rapport, des réajustements de taille doivent être opérés.  Le virus circule bien le jour et peut être même la nuit. Quel contenu devons-nous donner à la poursuite de l’Etat d’urgence. ?

Dans une telle crise notre pays doit avoir la modestie en bandoulière. Seulement, l’Etat ne peut pas écouter tout le monde, on est en situation d’urgence et le virus n’attend pas. Les médias jouent leurs rôles de sentinelles, de contrôle et de surveillance de l’environnement, le gouvernement les écoute.

Notre système de santé a certes besoin d’être toujours amélioré, le Président Macky Sall a trouvé un système précaire depuis les indépendances. Il faut lui reconnaître les gros efforts liés à la construction de nouveaux hôpitaux de standard international (constructions d’un Centre de Maladies Infectieuses ultra moderne à l’hôpital Fann, celle de Diamniadio, de Dalal Diam et le renforcement de tous les Centres Hospitaliers Régionaux).  Avec le coronavirus, l’option d’une politique de santé beaucoup plus ambitieuse est pleinement justifiée.

Aujourd’hui, nous avons dépassé la barre des 1000 cas.  Le nombre de guérison semble ralenti et les décès augmentent. Le Sénégal doit tout faire revisiter son plan de riposte et corriger certains dysfonctionnements.

Aujourd’hui, la prorogation de l’Etat d’urgence jusqu’au 02 juin 2020 est à saluer mais elle doit être assortie de mesures beaucoup plus draconiennes pour le respect strict des recommandations édictées, notamment le respect de l’interdiction du transport inter urbain, le port obligatoire des masques, le port des lunettes pour protéger les yeux, le respect des gestes barrières surtout au niveau du transport urbain de masse et enfin une organisation  et une désinfection  des marchés  qui   sont de hauts lieux de propagation.

 

L’Etat doit s’entourer de plusieurs compétences pour poursuivre la lutte car le virus est bien présent, les populations doivent jouer fortement leurs partitions. Il nous faut une véritable riposte sociale car il est illusoire de penser que l’Etat peut tout faire.

Nous devons identifier tous les leaders d’opinion dans une stratégie de communication et de mobilisation qui explore la nomenclature des quartiers populaires pour placer les communautés au cœur de leur propre destin. En effet, toute stratégie de mobilisation efficace doit s’appuyer sur une bonne communication.

L’Agenda d’un Etat, si chargé soit-il, ne saurait faire oublier son calendrier traditionnel. Il ne saurait non plus être celui des médias. L’occupation effrénée de l’’espace public n’est pas toujours gage de fertilité ou de progrès.  L’Etat doit prendre des décisions phares et fixer les règles du jeu. Il est salutaire que des dates ont été fixées pour le démarrage des cours le 02 juin pour les classes d’examen. Le calendrier scolaire et universitaire sera réaménagé et les modalités discutées. L’Etat prendra toutes les dispositions en rapport avec les différents acteurs concernés. Il est hors de question de penser à une année blanche.

 

Déjà, le gouvernement   doit fixer le cap malgré le Covid 19 pour la prochaine campagne agricole, le monde ne s’arrête pas avec le coronavirus.

L’Afrique, le coronavirus et géopolitique mondiale

La crise du coronavirus nous a montré que les Etats n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Elle nous a surtout instruit que nos petits états nains ne pourront jamais résister à la mondialisation. Pour avoir voix au chapitre, dans ce monde de grands blocs, l’Afrique doit s’engager vers l’Unité. C’est un impératif. En Afrique, les institutions comme l’UA, la CEDEAO et autres régionales ou sous régionales doivent être repensées et utilisées dans un grand ensemble continental. L’Union européenne reconnait aujourd’hui sa faiblesse face aux géants que sont la Russie, la Chine ou les Etats Unis.

N’eût été la main de Dieu, l’Afrique allait subir plus que tous les autres. L’Afrique n’a ni les moyens, ni la force de faire face à une crise de cette envergure qui réduit à néant tous les efforts de développement. Il est vrai qu’à   la place de l’hécatombe sanitaire tant prônée par certains experts de la gouvernance mondiale (ONU, OMS), c’est plutôt l’hécatombe économique qui semble se dessiner. La jeunesse de l’Afrique, son climat chaud et surtout son expérience dans la gestion des épidémies sont les quelques raisons avancées pour expliquer la résistance du continent face au Covid 19.

Le Président Macky Sall a fait un geste éloquent et de grande portée en direction du Président malgache. Nous devons encourager de tels comportements qui plébiscitent la recherche africaine. Le Professeur Seydi et son équipe méritent bien les encouragements de la nation et c’est aussi l’occasion de remercier le Chef de l’Etat pour l’oreille attentive qu’il a toujours apportée au corps médical. L’utilisation de la chloroquine et du protocole du Pr Raoul est une décision réaliste. Devant la mort, la dissertation n’a point de place puisque l’essentiel est de préserver des vies humaines.

Toutes les nations se cherchent, des grandes puissances aux plus pauvres. Chacune se pose des questions. Le coronavirus va-t-il jeter les bases d’un nouvel ordre mondial ? c’est une question actuelle que des spécialistes de la géopolitique se posent. Toutes les crises créent des opportunités nouvelles   à condition de bien tirer les leçons. Ce qui m’intéresse, en tant qu’Africain, sans prétendre à l’exhaustivité, c’est la leçon fondamentale à tirer de cette pandémie.

L’Afrique doit arrêter de calquer sur l’Europe. Nous devons aujourd’hui plus que jamais, cultiver une vision endogène du développement et nous approprier nos propres langues nationales, dans l’enseignement, dans l’administration et au niveau des politiques publiques. L’Afrique est riche, elle n’est pas pauvre.

Il est tant qu’on arrête les discours et faire basculer ce continent vers son destin fédéral et mettre un terme à la balkanisation.  L’Afrique doit avoir une vision endogène de son propre développement dans l’agriculture et dans tous les autres secteurs, valoriser ses grands hommes et se positionner avec ses milliards d’habitants comme l’une des futures puissances de ce monde.

Moustapha Samb

Docteur en communication

Enseignant/Chercheur

Cesti/Ucad